Source : https://www.laprovence.com/article/actualites/455974/affaire-provent-30-ans-de-reclusion-pour-un-crime-barbare.html

“Il est vain de chercher sur le visage de quelqu’un sa culpabilité”, avait prévenu Me Fabrice Trolliet, un des deux avocats de Chaker Seghaier. Ce Tunisien âgé de 50 ans est accusé d’avoir participé au meurtre du couple Provent, les droguistes du boulevard de Paris, le 9 mai 2003, lors d’un vol qui avait viré au carnage.

Pour délivrer un verdict de culpabilité, assorti d’une peine de 30 ans de réclusion criminelle, les jurés n’ont pas cherché non plus dans le dossier. “On avait très peu de biscuits à se mettre sous la dent”, avait concédé un enquêteur. C’est leur intime conviction qui a balayé tous les doutes qui doivent, comme le prévoit la loi, profiter à l’accusé. Et Seghaier lui-même. Ses mensonges, ses revirements et ses incohérences ont fini par le perdre.

“Ce dossier, c’est Seghaier contre Seghaier”, s’est emporté MeTrolliet en fustigeant les carences d’une enquête criminelle bâclée. Et d’énumérer le défaut d’enquête de voisinage après l’arrestation de son client, des prélèvements ADN absents sur de nombreux vêtements, et surtout la présence, en Tunisie, et en liberté, d’un homme, Imed Yahmadi, dont l’empreinte ADN a été formellement identifiée sur les lieux. “On se fout de la gueule du monde et surtout de la mémoire de ces pauvres victimes, déplore-t-il. En condamnant Seghaier, c’est un sacrifice que vous faites sur l’autel de la médiocrité”. “C’est le monde à l’envers,explose à son tour Me Anne-Sophie Grardel. On ne va pas condamner un homme en Tunisie, alors que son ADN a été retrouvé sur place, mais on va infliger 30 ans à celui contre lequel il n’existe aucune preuve”.

Mais pour l’avocat général Roland Mahy, “l’audition de Yahmadi n’aurait rien changé au sort de Seghaier. Mais je ne désespère pas qu’on lui mette la main dessus. L’enquête est toujours en cours”.Tout en concédant que “les agresseurs n’avaient pas, dans l’instant, l’intention de tuer les Provent, mais qu’ils y ont été conduits par les circonstances”, Roland Mahy réclamait une peine de 30 ans de réclusion criminelle pour “un crime abominable”. La cour a suivi.

La défense a interjeté appel. D’ici à la tenue du nouveau procès, d’autres éléments pourraient bien changer le cours de la justice… si la Tunisie y consent.