Source : https://www.laprovence.com/article/actualites/1756575/meurtre-de-pelissanne-5-ans-de-sursis-pour-le-retraite.html

En 2009, il avait blessé mortellement l’un des auteurs de son agression à domicile

Vacillant, Jean-Marius Paget s’approche de la barre pour s’adresser une dernière fois à ses juges. “Qu’auriez-vous fait à ma place ? Je vous le demande, qu’auriez vous fait à ma place ?“, sanglote-il. Trois heures après, les jurés ont botté en touche. En le condamnant à 5 ans de prison avec sursis, ils ont admis de larges circonstances atténuantes au bénéfice de cet homme de 69 ans, qui ce 27 mars 2009, dans sa maison de Pélissanne, a tué, d’une balle dans le dos, et blessé deux de ses quatre braqueurs. En revanche, en lui infligeant une peine, même avec sursis, ils ont réfuté l’excuse de légitime défense.

Donc, à sa place, “au bout d’une heure de torture“, “avec une sensation de mort imminente“, comme l’ont souligné les experts psychiatres, ils lui ont répondu qu’ils auraient, forcément, agi différemment. Mais comment ? On ne le saura jamais. “Après ce cauchemar, pensez-vous que vous auriez été dans un état de fraîcheur intellectuelle pour agir autrement ?“, avait mis en garde, en défense, Me Fabrice Trolliet, en réponse aux réquisitions de l’avocate générale qui avait estimé que Paget avait eu “une heure pour réfléchir“, alors qu’il était entravé et roué de coups.

Si Jean-Marius Paget est reparti libre, l’ensemble des acteurs judiciaires, accusation comprise, ont eu, tout au long de ce procès, l’amère sensation d’une enquête bâclée. “C’est difficile de travailler avec Madame Natta“, avait taclé le gendarme enquêteur. Pas de reconstitution des faits, absence d’expertise balistique, deux braqueurs toujours en fuite…… “On a considéré qu’il s’agissait d’un dossier de seconde zone, a vivement regretté Me Trolliet. Un multirécidiviste qui tire sur des gitans. Tout le monde s’en fout !Et pourtant, au-delà du profil des protagonistes, cette affaire posait une véritable problématique sociétale. Mais pour le débat, on repassera.

En attendant, du côté de la défense, on a eu le désagréable sentiment que “les souffrances de Paget n’ont pas été respectées“. “On lui explique que son grand jour, c’est demain, s’indigne son conseil. Qu’il sera victime en septembre, lorsque sera jugée sa séquestration. Aujourd’hui, on n’a aucune pitié. Ses larmes et son sang sont du Canada Dry !” Et de dénoncer “l’instrumentalisation indigne” du casier judiciaire de son client. “Même les experts ont dit que ça n’avait rien à voir, martèle-t-il. Ce ne sont pas les mêmes ressorts criminologiques ! En brandissant ce casier, on a tenté de vous faire croire que ce type d’agression violente ne pouvait pas vous arriver à vous. C’est faux !Et de rappeler que les ADN de Miguel Pinto et de Paul Bauer avaient été retrouvés sur les lieux d’un autre braquage à domicile, dans le Vaucluse. “Et les victimes n’avaient pas de casier !” souligne-t-il.

Alors, insiste Me Trolliet, il aurait dû faire quoi, Paget ? Attendre patiemment derrière un cyprès pour tirer de face sur ses agresseurs ? Dois-je comprendre que de face, c’est permis ? Que prévoit la loi lorsqu’une personne vulnérable, âgée, est attaquée chez elle par quatre hommes dans la force de l’âge ? Il a côtoyé la mort, il est cardiaque. Un mauvais coup aurait pu le tuer ! Il s’est défendu. Légitimement défendu !

En leur âme et conscience, les jurés ont estimé plus sage de ne pas délivrer un “permis de tuer” en n’acquittant pas Jean-Marius Paget