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Malgré ses dénégations et les aveux d’un autre, Florian Prévost a été incarcéré aux Baumettes.

Scandaleuse erreur judiciaire ou grossière manipulation de petits délinquants ? Une semaine après la condamnation en appel de Florian Prévost, 20 ans, à une peine de cinq ans de prison dont trois ferme, pour “tentative de vol avec violences”, son conseil, Me Fabrice Trolliet, envisage non seulement un pourvoi en cassation mais également une procédure en révision, tant il subsiste de sérieux doutes quant à l’implication de son client.

Au départ, les faits semblaient assez simples. Le 23 mai dernier, une professeur qui venait de faire passer les épreuves du bac au lycée Artaud déposait plainte pour “tentative de vol avec violences”.

Elle expliquait qu’un scooter, monté par deux individus sans casque, avait foncé sur elle. Le passager arrière lui avait alors arraché le sac qu’elle tenait contre elle. Elle s’était cramponnée et avait été traînée sur plusieurs mètres. Elle précisait, enfin, avoir été éjectée violemment au sol par le conducteur tandis que le scooter lui roulait sur le pied. Fournissant le numéro d’immatriculation du scooter aux enquêteurs, le propriétaire de l’engin, Florian Prévost, un petit dealer déjà condamné à 1 an avec sursis pour trafic de stupéfiants, était interpellé un peu plus tard dans la journée.

Formellement reconnu par la victime

À l’issue de sa garde à vue, Florian Prévost, formellement reconnu par la victime, était jugé en comparution immédiate par le tribunal correctionnel de Marseille.

Malgré ses farouches dénégations, assurant avoir prêté son scooter, il écopait d’une peine de 5 ans de prison dont 3 ferme pour “vol avec violences”. “Alors que rien n’a été volé !”, s’étrangle son conseil, Me Trolliet. Interjetant appel, l’avocat marseillais comptait bien obtenir une décision favorable d’autant qu’un élément, plutôt rare dans les procédures, venait conforter la version de son client. Un jeune homme se présentait, en effet, rapidement auprès des enquêteurs assurant être le passager du scooter. Malgré la peine élevée encourue, il n’hésitait pas à témoigner devant la cour, en mettant hors de cause Florian Prévost. Le pilote du scooter, interpellé peu après, donnera la même version.

Pas une dénonciation fantaisiste

“Mais les enquêteurs ont considéré la dénonciation spontanée de ce jeune homme comme un épiphénomène, sans prendre le soin d’en tirer toutes les conséquences alors même qu’il s’est rendu au commissariat avec la tenue vestimentaire décrite par la victime”, regrette vivement Me Troliet, en notant que de “telles dénonciations personnelles restent d’une rareté exceptionnelle”.”Le quantum de la peine infligée à mon client est de nature à écarter toute dénonciation fantaisiste”, insiste l’avocat. Mais les juges d’appel, s’ils ont admis l’absence de vol en requalifiant les faits en tentative, ont confirmé la lourde peine de Florian Prévost.

Ni les aveux du jeune homme, ni des erreurs sur le positionnement du portable du prévenu, ni les variations dans les dépositions de la victime n’ont convaincu les juges d’appel. “C’est Florian Prévost que la victime a reconnu. Et pas un autre !”, martèle Me Gréco, conseil de la partie civile. Reste, néanmoins, un argument de bon sens, soulevé par la défense : “Est-il logique que mon client, passager sur son propre scooter, muni de sa vraie plaque d’immatriculation, se lance, à visage découvert, pour arracher le sac de la première venue ?”