source : https://www.laprovence.com/article/actualites/2881219/13-ans-de-prison-pour-un-crime-sans-mobile.html

Elles lui avaient bien dit de ne pas le prendre cet appartement. Elle était trop jeune, Nasfatie. 20 ans. Pas de travail. “Et puis, c’était la dernière. Elle devait s’occuper de notre mère malade. Elle est pleine d’arthrose, lâche, sévère, une des grandes soeurs de la jeune accusée. Alors, quand on a su que Richard Jullien s’était porté caution, on n’en est pas revenu !” Treize jours après avoir emménagé dans son 40 m² de la rue Monte-Cristo, à Marseille, Nasfatie Mze Mouigni poignardait à mort son bienfaiteur. La police retrouvera le sexagénaire, nu, dans une mare de sang, dans la salle de bain (voir notre édition d’hier).

Nasfatie avait rencontré Richard un an plus tôt, dans la brasserie où elle travaillait. Étouffé par la schizophrénie de sa femme, Richard tombait sous le charme de cette jeune et jolie Comorienne à la recherche de l’image d’un père qu’elle a perdu trop tôt. Elle lui offre son affection. Il lui permet d’accéder à son indépendance. Au fil des mois, “chacun est devenu la béquille de l’autre”. Dans le plus grand secret. Enfin presque. Richard se vantait auprès de ses amis qu’il “gâtait la petite”. Nas taisait cette étrange relation auprès du clan familial. Auprès de ses petits amis, aussi. Elle s’épanchait peu. Les secrets l’avaient presque rendue muette. Petite, elle avait appris que le père qu’elle chérissait tant n’était pas son père. “Quand je lui ai demandé, il m’a dit que c’était faux. Puis, je l’ai entendu pleurer dans la salle de bain. Maintenant, je sais pourquoi”, raconte la jeune femme depuis le box de la cour d’assises d’Aix-en-Provence. Son père biologique ne viendra même pas la chercher sur le quai de la gare à Paris. Deux abandons en quelques années, ça laisse des traces.

Alors elle va chercher à se faire aimer. Elle provoque, un peu. Comme une gamine de 15 ans. Elle subira un viol, classé sans suite. La justice a douté… Puis, elle tombe folle amoureuse. Mais l’amour de sa vie sera marié à une fille aux Comores… “Elle n’est pas méchante ma fille, insiste sa mère, d’une voix lasse. Elle est très indépendante. Elle veut la liberté.”

L’expert psychologue évoquera une “dualité de l’image paternelle” et un “traumatisme sexuel”. “Oui, il est arrivé quelque chose à cette jeune fille”, assène “l’experte en expertises”, comme a maladroitement raillé le président Vogt. “Je n’y crois pas !, rétorque l’avocat général Bossard. Vous mentez !”Je ne mens pas, se défend l’accusée. Ça a pourri ma vie.”Pourquoi alors ne pas l’avoir dit à votre petit ami ?”, insiste la magistrate. “Je n’ai pas pu“, conclu la jeune femme. L’accusation doute du premier viol, comme elle doute que la victime ait tenté de s’en prendre sexuellement à Nas. “Elle a trouvé un vieux, elle veut se faire entretenir. Elle va le saigner. Dans tous les sens du terme !”, martèle-t-elle en requérant 12 ans de réclusion criminelle. Cet homme pouvait faire ce qu’il voulait avec son argent, il n’était pas particulièrement vulnérable. Mais dans cette salle de bain, il s’est forcément passé quelque chose, rétorque, cinglant, Me Trolliet en défense. Si c’était la poule aux oeufs d’or, pourquoi le tuer ? Ça n’a aucun sens !”Donner de l’amitié à qui veut de l’amour, c’est comme donner du pain à qui meurt de soif. Ça vous étouffe, enchaîne Me Coriatt dans une émouvante plaidoirie. Jullien c’était le bon copain qui attendait son heure. Elle sait qu’elle abuse un peu. Ce jour-là, ce 22 décembre 2010, elle lui consentira des relations sexuelles. Mais pas toutes.” En la retournant violemment contre le lavabo, il lui aurait lâché : “Je n’en ai pas fini avec toi”. Effrayée, Nas s’était emparée d’un couteau et avait frappé à trois reprises. “Réactualisation émotionnelle avec l’ancien viol”, avait analysé l’expert psychiatre. Les jurés n’y ont pas cru. Ils lui ont infligé 13 ans de prison.