Source : https://www.laprovence.com/article/actualites/3486352/4-et-5-ans-ferme-pour-le-rodeo-depuis-aix.html

Tout ça… pour ça. Le sentiment domine, en lisant la liste des délits reprochés à Jean-Anthony et Richard Blas, deux frères jugés par le tribunal correctionnel. Triste bilan d’une arrestation mouvementée, relate le juge Allaix, avec une courtoisie qui le dispute à la fermeté.

Tout débute le 15 juin, à midi, sur le parking du tribunal Pratesi à Aix. Jean-Anthony Blas sort de chez le juge de l’application des peines qui a contacté la police pour que l’homme, 10 mentions au casier, file s’expliquer au commissariat sur un incident survenu la veille avec son bracelet électronique. Blas, qui venait discuter d’une libération conditionnelle, panique : “Rien était prévu, votre honneur !” Le juge sourit. Blas raconte avoir fêté le fait qu’on devait lui enlever le bracelet : “La veille d’aller chez le juge, j’avais la gueule de bois, Messieurs les jurés… euh Messieurs les tribunaux. La police vient chez moi demander ce qui se passe avec le bracelet, mais il se passe rien !” Le juge, placide : “Il est noté que vous arrivez sans : vous ne l’auriez pas coupé ?” Il nie. Le tribunal clôt le débat : “Pas le plus important.” Ce qui importe ? Sur le parking, il tente de se soustraire au policier qui le tient par les menottes, rejoint par son frère, casqué. “Pourquoi votre frère est-il venu avec vous ?” Le cadet lâche que ça lui faisait plaisir, que son aîné l’accompagnât.

“Vas-y, fous-la par terre !”

Reste la “communauté de pensée, alors qu’il n’était pas prévu que vous fuyiez” : ils se jettent sur les deux policiers, dont une femme frappée à terre, après une balayette. Ils grimpent sur la moto qui part en tombe. Richard, 14 condamnations :”Je viens car je vois mon frère se débattre. C’est la policière qui a paniqué ! J’ai pas mis de coup de pied : vu mon gabarit, elle serait plus là.” “Avec sang-froid, pour protéger sa collègue, dira le procureur, le second policier tire dans le pneu”. La moto file et au rond-point, ils tentent en vain de pousser et voler un scooter. “Vous prenez l’A51 en plein jour vers Marseille, votre frère menotté dans le dos derrière, à toute vitesse.” Une voiture de la Bac se lance à leur poursuite et les rejoint aux Chabauds : ils ont volé un camion benne aux ouvriers qui sandwichent dedans ! “On a demandé un peu violemment.” La Bac à leurs trousses et après avoir essayé de foncer dedans, les fuyards continuent : le camion slalome, tamponne des véhicules, les rétros volent. Le camion sort aux Aygalades, prend une rue à contresens et percute une voiture sans blesser la conductrice. Les fuyards courent et sont arrêtés. Partie civile, Mes Greco et Terrancle déplorent les propos tenus : “Ils disent regretter, mais contestent les déclarations des agents qui devraient s’excuser de faire leur travail ! Ils ont risqué leur vie.” Et de leur rendre un hommage auquel s’associe le juge. Le procureur Varaldi monte au créneau : “Jusqu’où peut aller l’imbécillité des gens ? Les gens à abattre, c’étaient les policiers !” Il requiert 6 ans pour Jean-Anthony Blas et 7 pour Richard qui s’affolent, la famille retient son souffle. Me Monneret suggère que l’émotion ne prenne pas le pas sur la raison, comme le 15 juin. Il insiste : “Pas de volonté de se soustraire, sinon il ne se serait pas présenté chez le juge. L’imbécillité ne vaut pas 6 ans.” Pour Richard, Me Trolliet plaide la panique : “Quel est l’effet du coup de feu tiré ? Il se trompe de route puis vole un camion benne, avec de l’herbe tondue et une tondeuse !” Richard Blas écope de 5 ans ferme ; Jean-Anthony de 4, et 3 mois pour le bracelet. Tout ça, pour ça.