Source : https://www.laprovence.com/article/edition-aix-pays-daix/4901342/la-castellane-un-bavard-se-derobe-du-vent-dans-la-robe.html

Au procès, un détenu fait marche arrière, un avocat accuse le juge de pression.
Au troisième jour du procès, les interrogatoires se sont tendus hier. Me Trolliet a demandé le renvoi de l’affaire à l’instruction, mais le tribunal a ordonné la poursuite des débats. Vent fort, mecredi sur le tribunal correctionnel de Marseille, qui entamait la troisième journée du procès des tirs sur la police à la cité La Castellane, le 9 février 2015, jour de la venue du Premier Ministre Manuel Valls. Tout a commencé par Ayyoub Niniou, 31 ans, prévenu bavard, qui a eu le mérite de faire des déclarations circonstanciées lors de l’instruction et qui, depuis le début du procès, a été extrait du box. Il est systématiquement encadré par deux policiers.

C’est que le prévenu a été ébouillanté en détention. Et qu’un fort climat de représailles règne sur les débats entre commanditaires marseillais et exécutants kosovars. Seulement voilà, à l’ouverture des débats Ayyoub Niniou a changé de version. Virage à 180 degrés et rétractations tous azimuts. Rien de tel pour mettre en pelote les nerfs de la présidente Estelle de Revel. “L’idée, c’était d’aller chercher des gens qui travaillaient dans le bâtiment”, assure le prévenu, qui avait raconté qu’il avait recruté en Allemagne des Kosovars en ignorant ce qu’ils venaient faire dans cette galère marseillaise, tout en sachant que deux équipes se battaient pour le contrôle du plan stups très rémunérateur de la tour K.

“Mr Bajrami est tout sauf un tueur” Et cela ne faisait que commencer… “Je ne savais pas du tout quelle était la responsabilité de Shemsedin Bajrami”, assène-t-il, évoquant le rôle de celui qui aurait fait le lien entre les Marseillais et les Kosovars. “Vous êtes sûr que vous êtes en train de nous dire la vérité, sans pression, sans rien du tout ?”s’agace la présidente. Elle l’accuse même de “se raccrocher aux branches” en reprenant au vol, çà et là, les déclarations de ses codétenus. “Vous avez toujours dit que votre lien avec cette affaire, c’était Bajrami. Aujourd’hui, plus un mot !”tonne-t-elle. “Mr Bajrami est tout sauf un tueur. Il n’a jamais été comme ça”, rectifie le prévenu.

Quand les questions de la présidente se font chirurgicales, il préfère garder le silence. Il soutiendra même que les policiers lui ont “fracassé la tête derrière Haribo pendant une heure et demie”… Il a toujours maintenu en revanche ne pas avoir participé aux événements du 9 février 2015. Toujours refusé aussi de donner les noms des Marseillais. Sur son banc, Me Fabrice Trolliet bout. Il est l’avocat de Salim Tachouaft, le chef de réseau présumé, l’un des deux commanditaires. La présidente De Revel lui demande d’arrêter de souffler, de troubler les débats. “Je ne suis pas votre enfant !” “Vous n’écoutez pas ce garçon qui a été ébouillanté, qui a reçu de coups de couteau ! riposte Me Trolliet.

Je ne suis pas votre enfant ! Vous ne voulez surtout pas que je dise le contraire de ce que vous pensez. Essayez seulement de respecter le Code de procédure pénal”. Car depuis la veille court une vilaine rumeur. Elle prête au juge d’instruction qui a mené les investigations des pressions sur les gardés à vue en leur brandissant la “carotte” d’une possible sortie de prison s’ils venaient à désigner Tachouaft. Info ou intox ?

Me Trolliet a finalement déposé des conclusions pour obtenir un renvoi du dossier à l’instruction, mais la présidente a estimé qu’il convenait de poursuivre les débats. Entre-temps, le vice-procureur Sandrine Royant enfonce le clou, en faisant remarquer qu’étrangement le portable de Niniou était coupé le 9 février au matin, entre 9 h et 11h, à l’heure des coups de feu sur la police. Il est rallumé à 11h10 et borne à La Castellane. Fin des interrogatoires ce jeudi.