Source : https://www.laprovence.com/article/faits-divers-justice/5890150/jusqua-30ans-de-prison-requis-pour-le-crime-du-bar-le-23.html

C’est lui que vous avez tué !” Exhibant la photo de Mickaël, l’avocat de la famille Ramalho-Cabeleira, Me Trolliet, l’a mise sous le nez des trois accusés. Kevin Gallaud a hoché la tête, en signe d’acceptation. Après cinq ans de dénégations, le jeune homme de 25 ans a avoué, dès l’ouverture de son procès, être l’un des deux tireurs du bar “le 23”, à la Rose le 6 avril 2015. “Mais après les promesses de vérité, les espoirs ont été déçus. Et cela entretient encore plus la douleur“, a regretté l’avocat. L’accusé n’ayant pas voulu dire qui était le second tireur, celui dont les balles ont tué, dédouanant Djamal Aboudou, l’avocat a noté qu’il n’avait soulagé qu’à moitié sa conscience. “Et s’il n’y avait pas eu les résidus de tir sur les baskets, il n’en aurait rien eu à faire, a fustigé Me Trolliet. Il a reconnu ce qu’on sait déjà. Qu’il était là !

À l’autre bout du box, Djamal Aboudou est resté de marbre face à la photo de la victime. Un jeune homme de 24 ans qui n’avait pas apprécié d’être tabassé sur la route par Gallaud et ses copains après les avoir insultés pour une histoire de priorité… Tout avait basculé en deux jours. Pas du genre à se laisser humilier, Mickaël s’était vengé quelques heures plus tard sur la voiture d’un proche de Gallaud, sur le parking de la piscine de Plan-de-Cuques, point de deal fréquenté par l’accusé. Ulcéré qu’on lui réclame l’argent pour les réparations de la voiture alors qu’ils avaient eux-mêmes fracassé son scooter, le ton était monté encore d’un cran. Mickaël et ses amis, à la recherche de Gallaud, seraient alors allés chez sa mère. Un geste qui avait mis le feu aux poudres et l’accusé “en ébullition“. D’autant que Mickaël commençait sérieusement à menacer le plan stups de la piscine en attirant bruyamment l’attention. C’est ce qui aurait pu convaincre Djamal Aboudou d’accompagner Gallaud au “23” pour “discuter” avec Mickaël, sur les conseils d’un ami commun, le frère du patron du bar. S’affichant désormais en bon père de famille, l’ancien trafiquant de drogue assure qu’il ne connaît personne dans cette histoire. “Les surveillances policières ont établi la réalité d’un trafic de stups à Plan-de-Cuques, à la piscine, dans lequel est impliqué Kévin Gallaud. Il y a été vu à plusieurs reprises avec Djamal Aboudou, bras droit du chef du réseau des Oliviers“, a asséné l’avocat général Raffin. Un téléphone égaré sur les lieux du crime et des appels entre les accusés ont suffi à l’accusation pour réclamer une peine de trente ans de réclusion, avec mesure de sûreté aux deux tiers, à l’encontre d’Aboudou. Elle a requis vingt ans contre Gallaud “parce qu’il a fait un pas en avant”

Restait le cas de Mickaël Guedj, “l’égaré de la procédure“. Face à la photo, le seul du box au casier vierge a regardé ses chaussures, dépassé par les conséquences tragiques de son acte irréfléchi. Il a admis avoir donné son pistolet d’alarme à Kévin Gallaud, son ami. L’accusation lui attribue aussi le rôle du chauffeur. Elle a réclamé treize à quinze ans de réclusion criminelle. “Il n’a pas le profil pour une telle comparution, s’est inquiétée Me Bendayan-Chetrit. Il n’a pas cette tendance à l’agressivité et à l’impulsivité. Il est plutôt dans la crainte. Il est influençable. C’est un ami loyal et sincère qui a accepté de mentir et a vu sa vie basculer.” “C’est par la pollution d’une certaine amitié qu’il a donné cette arme, a poursuivi Me Matteï. Une arme pour construire un profil dissuasif à son ami dans la crainte.”

La défense des deux principaux accusés prendra la parole ce matin. Verdict dans l’après-midi.